19 Janvier 1993: création des universités camerounaises

Bâtiments de l'Université de Dschang. Photo: tic4science
Bâtiments de l’Université de Dschang. Photo: tic4science

Dans ce billet, je présente le contexte dans lequel sont nées les universités camerounaises, espaces de formation des cadres, de recherche scientifique et d’appui au développement. 

Aujourd’hui, c’est le 19 Janvier. En tant qu’étudiant, cette date me fait penser à la réforme universitaire du Mardi 19 Janvier 1993. En effet, après le journal de 20h sur la radio national ce jour, le chef de l’Etat Paul Biya a signé un ensemble de textes qui matérialisaient cette réforme universitaire. Elle consistait principalement en la création de nouvelles universités et des Instituts Universitaires de Technologie, la fixation d’un régime financier applicable à ces universités et du taux de paiement des droits universitaires. L’Université camerounaise existait depuis 1961. Mais avec l’explosion démographique de la population estudiantine, la seule université de fédérale devenue université de Yaoundé en 1973 ne pouvait plus accueillir tous ces étudiants. Ceci, malgré la création en Avril 1977  des centres universitaires de Douala, Dschang, Buéa et Ngaoundéré. L’Université de Yaoundé devenait incapable de supporter ces lourds effectifs qui s’élevaient selon Titus Edzoa (Ministre de l’Enseignement supérieur à l’époque) à 42 000 pour une université censée accueillir 10 000 étudiants. Par ailleurs, le contexte de l’époque marquée par la crise économique et cette augmentation des effectifs ne permettait plus à l’Etat de continuer de supporter le paiement des droits universitaires. Enfin,  la professionnalisation s’imposait dans la mesure où l’adéquation entre la formation et le marché de l’emploi n’était pas effective. C’est pour ces raisons que les Universités ont été créées ce 19 Janvier.

La "Une" du journal "Cameroon Tribune" du 20 Janvier 1993. Phot: tic4science
photocopie de la « Une » du journal « Cameroon Tribune » du 20 Janvier 1993. Phot: tic4science

Il faut rappeler que le décret présidentiel N°93/026 du 19 Janvier crée en son article premier les Universités de Yaoundé 1 et 2, Douala et Dschang. Les Universités de Ngaoundéré et Buea ont été créées quelques temps plus tôt mais n’avaient pas une existence réelle. Ce sont les textes du 19 Janvier qui donnent une existence effective à toutes ces institutions. L’arrêté n°0008/CAB/PR qui le suit crée respectivement au sein des Universités de Douala, Dschang et Ngaoundéré, les Instituts Universitaires des Technologies (IUT) de Douala, de Bandjoun et de Ngaoundéré. Les missions assignées aux universités sont entre autres la formation et le perfectionnement des cadres, la recherche scientifique et technique, la promotion de la science, de la culture et de la conscience nationale et l’appui aux activités de développement. Tandis que les IUT doivent assurer une formation technologique professionnelle initiale et une formation technologique professionnelle permanente des cadres moyens  et moyens-supérieurs. Dans tous les cas, l’accès se fait avec le diplôme du Baccalauréat. L’Université camerounaise naît ainsi et a pour fonction de contribuer à travers la formation et la recherche scientifique au développement de la société.

Le décret qui déchaîna le plus les passions c’est celui qui concerne le taux de paiement des droits universitaires. Il s’agit du décret n°93/033 du 19 Janvier 1993 modifiant certaines dispositions du décret n°79/186 du 17 mai 1979. Ce décret fixe en son article 2 le montant des droits universitaires des étudiants de nationalité camerounaise à 50 000fcfa. Il peut être payé, poursuit le décret, en deux tranches. En cas de non-paiement, l’étudiant perd sa qualité d’étudiant. Avant ce décret, les étudiants ne payaient pas les droits universitaires. Certains recevaient même de l’Etat une bourse mensuelle du gouvernement camerounais. Les choses n’allaient plus être comme avant. C’est la raison pour laquelle, dès le lendemain de la lecture de ce décret, les étudiants de l’Université de Yaoundé ont manifesté leurs mécontentements (incendies sur le campus, boycott des cours…). Ces mouvements d’humeur étaient le plus souvent suivis des phrases du genre « on va voir qui va payer 50 000 fcfa ».  Ces mouvements n’ont rien changé car aujourd’hui, les étudiants Camerounais des Universités d’Etat continuent de payer les droits universitaires à 50 000 fcfa. D’autres textes portant organisation administrative des universités ont été signés ainsi qu’un décret portant statut spécial des personnels de l’Enseignement supérieur. Ce texte présente les différents grades des enseignants du supérieur ainsi que leurs tâches respectives. Il fixe également les missions d’enseignement, de recherche, de promotion scientifique et d’appui au développement à eux assignées. Désormais, il existe 6 universités au Cameroun, chacune d’elles étant composée de plusieurs établissements.

10 jours après la signature de ces textes, le chef de l’Etat nomme les premiers recteurs des 6 universités camerounaises. Peter Agbor Tabi est nommé recteur à l’Université de Yaoundé 1, le philosophe Marcien Towa prend les commandes de l’Université de Yaoundé 2. A Douala, c’est le juriste Stanislas Melone qui est nommé recteur. Dorothy Njeuma à Buéa, Samuel Martin Eno Belinga prend les commandes de l’Université de Dschang et Samuel Domngang va à Ngaoundéré. La réforme prend ainsi corps. D’autant plus que les vices-recteurs sont également nommés dans ces différentes universités.

L’Université camerounaise née en 1961 connaissait ainsi une profonde mutation. C’est vrai qu’entre temps, deux autres universités ont vu le jour : l’Université de Maroua en 2008 et de Bamenda en 2010. Mais l’histoire retient que c’est à la faveur de cette réforme que l’Université dans sa forme actuelle a été mise sur pieds.

22 ans après, remplissent-elles leurs missions qui sont de former les camerounais, de mener la recherche scientifique et d’appuyer le développement ? Si la société stagne, peut-on porter un doigt accusateur sur l’Université ou alors sur ceux qui sont chargés de mettre en application les résultats de la recherche ?

Sources d’information:

  • Les numéros de « Cameroon tribune » du 20 au 30 Janvier 1993. Ils sont disponibles aux Archives Nationales à Yaoundé situé en face du Tribunal Criminel Spécial (TCS).
  • Ce rapport de recherche.
  • Les mutations historiques et chronologiques de l’enseignement supérieur en 27 dates ici
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